Un « Post » presque parfait
Il y a deux ans et demi, le Monde Interactif lançait un site tout rose où l’internaute était invité à écrire aux côtés de la rédaction. Le chef: Benoît Raphaël, qui avait réchauffé le Dauphiné Libéré (et la PQR, c’est comme la daube, c’est meilleur réchauffé, avec un peu plus d’eau et d’épices).

L’idée: imaginer le journalisme d’après. Enfin, de maintenant. D’il y a deux ans et demi, quoi. Par-ti-ci-pa-tif. Conjuguer les vieilles recettes traditionnelles avec le sucré, l’acidité et parfois le rance qui vient des yeux et des viscères d’un peu tout le monde. Et ça se présente comme ceci: « l’information devient une expérience. » Une formule absconse peut-être mais qui pourrait, en bannière, faire passer le blog d’un étudiant de l’ESJ pour l’oeuvre d’un futur nouvel artisan de la révolution permanente de l’exercice de la profession.
Mais là, pas de pot pour l’étudiant de l’ESJ, c’est pris. L’info-expérience, ce sera le Post. Chacun devient l’expert de son quotidien qui peut parfois entrer en collision avec le monde. Pas de majuscules s’il vous plait.
Mais quelques capitales. Il ne faudrait pas que les experts du quotidien soient seulement les commentateurs du blog de Jean-Marc Morandini. Les Français font blog commun et il faut bien le fournir. Benoît Raphaël recrute une rédaction périphérique de quelques signatures. Guy Birenbaum (un homme au succès reconnu au moins par lui-même mais à la valeur sûre autant que les réseaux), William Réjault (le mot précis, l’engagement bien moins mesuré), Full HD Ready (le Saint-Bernard hi-tech que chasserait bien Christine Albanel)…
Pour « incarner » son « image », le Post investit aussi, avec « Reporters » (NT1) sur un jeune journaliste souhaité pertinent avec une pointe d’irrévérence et d’ironie qui imagine le premier journal vidéo quotidien avec un succès d’audience autant que d’estime. Vous avez reconnu les « Info du jour » de votre serviteur. Je n’en suis pas peu fier.
Las! le programme produit en externe coûte trop cher lorsque le Post se retrouve seul à le payer. Depuis un an, c’est 20 minutes qui fait incarner son image. Et joliment.
Depuis quelques mois, c’est Mme Michu qui parachève le portrait du Post. Benoît Raphaël s’éloigne, la rédaction s’efface pour laisser s’exprimer plus encore les « vrais gens ». Nouvelle formule, a-t-on lu.
Quand je suis en colère contre un train en retard, je ne me défoule plus sur la pauvre fille du guichet mais sur le Post. Et c’est ce qui passe en Une. Nous sommes nombreux. Nous sommes aussi nombreux à sourire à un chat qui fait le con avec une boîte. Nombreux à faire tourner la dernière vidéo de la présentatrice qui vomit ou de ce panda si meugnon. Nombreux à donner de l’espace de cerveau disponible à des marchands qui avancent avec le masque du « buzz ». Nombreux à regarder la télévision (que le Post rediffuse). Nombreux à pester contre les radars qui flashent à 2km/h de trop.
Le problème, c’est qu’on n’avait pas besoin du Post pour ça.
Le problème, c’est que ça ne fait pas le « journalisme de demain ». Ça ne fait même pas le journalisme, d’ailleurs.
C’est officiel depuis hier, Benoît Raphaël est parti. Suivi aussitôt de Guy Birenbaum. William Réjault s’est déjà barré depuis plusieurs semaines au Figaro…
Et demain? Demain, il faudra bien essayer de vendre les 3 millions de lecteurs et 1,6 millions de dettes du Post. Ce n’est pas certain qu’avec Bruno-Roger Petit en dernière vedette américaine ce soit chose aisée (Bruno-Roger Petit, c’est le monsieur qui faisait parfois le journal de la nuit sur France 2 dans les années 90, il était rebelle et très rigolo).
Alors aujourd’hui, je souhaite bonne route à Benoît, à Guy. Et beaucoup de courage à Alexandre Piquard qui se tape l’intérim. L’intérim vers quoi, au juste?
(surtout que je suis déjà parti il y a quinze jours)
Bah, on a plus qu’à s’y mettre, toi et moi !!!
Merci, Will, Pierre m’a aussi averti, c’est mis à jour. Tu vois, je ne lis plus le Post depuis un moment et tu ne m’invites jamais à boire une limonade alors j’avais perdu de tes nouvelles.